Tokyo, mégalopole la plus peuplée au monde. Ville multiséculaire et futuriste, capitale économique, commerciale et financière, siège de la démesure : 37 millions d’habitants, soit plus de 6000 habitants/km2, près de 300 stations de métro et 3 milliards d’usagers annuels, 50.000 taxis… Une ville de chiffres en puissance, et de paradoxes.

Tout va vite dans la ville, tout s’excite, comme dans un gigantesque accélérateur de particules. Foule, affluence, flux, le courant est continu et l’excitation perpétuelle. Mais, lorsque l’on observe ce big bang entropique avec la distance du temps, de l’arrêt intérieur, se révèle alors un sentiment poignant de solitude, tout à la fois particulier et généralisé, que l’utilisation abusive des smartphones peine à masquer. Une ville d’atomes qui, parce qu’ils ne sont plus réliés, sont aussi des ombres, des fantômes.

La sainte trinité post-moderne règne à Tokyo : hyperindividualisme, hyperconsumérisme, hyperconnectivité. Ces photos mettent en lumière l’anonymat, la perte des repères, l’incommunicabilité qui s’y cache. Mais c’est précisément à cet endroit de non sens, où il faut payer pour caresser un chat ou louer un ami, que l’on peut retrouver le sens de ce qui définit nos vies, nos liens, le temps d’être incarné qui nous est donné. La présence à soi, à l’autre, au monde.