Balade dans les brocantes berlinoises, au milieu de bibelots, des vieilleries, des perles, des gadgets, des mites, des fatras, des affaires, des brics et des brocs, du vrac, des stocks foutraques… Trouvaille.

Ce rapprochement incongru d’objets dissemblables interroge la fonction de l’objet et son statut. Vaisselle fêlée, poupée effilée, porcelaine abîmée, nounours taché. Le cassé, l’ancien, l’usagé se mêlent. Comme une angoisse aussi, du temps qui passe mais pas seulement : le continuum temporel se perd, l’âge se dilue, l’insouciance juvénile figée dans l’éternel de l’imaginaire côtoie le quotidien de la tâche ménagère, témoins de l’époque révolue. Manger, laver, jouer : dinette grandeur nature ou jouet pour grand enfant nostalgique ?

Prises en plongée surplombante, écrasant le plan, les photographies perdent la notion de profondeur, de l’espace, du haut et du bas. Ce dispositif de prise de vue est corrélé à sa lecture diachronique. Car cette balade relève autant du chinage que de la plongée dans l’histoire. La chute du Mur a mélangé les objets. Les vestiges d’Allemagne de l’est, devenus vintage, sont aujourd’hui dans les Musées. Aux Puces, les reliques du ready-made capitaliste de l’ouest devenu obsolète, mainstream et jetable. Civilisation industrielle d’artefacts, de brolles, désormais sans valeur. Ces témoins du temps sont ainsi des témoins économiques, politiques, sociologiques, culturels… Archéologie de la consommation, des coutumes et des idéologies.